Eugénie Granthèse
Il se trouve dans certaines provinces des universités dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les dépôts d’archives les plus sombres, les CROUS les plus ternes ou les cités U les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces universités et le silence du dépôt et l’aridité des CROUS, et les ossements des logements étudiants. La recherche et l'étude y sont si tranquilles qu’un étranger les croirait sans doctorants, s’il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d’un directeur immobile dont la figure à demi monastique dépasse la porte du département de littérarure, au bruit d’un pas inconnu. Ces principes de mélancolie existent dans la physionomie d’une école doctorale située à Saumur, au bout du couloir montueux qui mène à la présidence, par le haut de l’université. Ce couloir, maintenant peu fréquenté, chaud en été, froid en hiver, obscur en quelques endroits, est remarquable par la sonorité de son petit linoléum décollé par endroit, pas toujours propre mais sec, par l’étroitesse de sa voie tortueuse, par la paix de ses bureaux qui appartiennent aux plus vieux professeurs, et que dominent des remparts de dossiers non traités. Des bâtiments datant des trentes glorieuses y sont encore solides, quoique construits en préfabriqué et leurs divers aspects contribuent à l’originalité qui recommande cette partie de Saumur à l’attention des archéologues et des philologues.