L'éducation doctorale
Le 10 septembre 2012, vers six heures du matin, la locomotive du train à grande vitesse, près de partir, lançait de sourdes impulsions le long du quai de la gare de Lyon.
Des gens arrivaient hors d’haleine ; des valises, des sacs, des chariots électriques gênaient la circulation ; les contrôleurs ne répondaient à personne ; on se heurtait ; les bagages étaient montés dans les compartiments, et le tapage s’absorbait dans le ronronnement de la machine, qui, s’échappant des flancs du train, enveloppait tout d’un bourdonnement sourd, tandis que, monocordes, les annonces des retards résonnaient sans discontinuer.
Enfin le train partit ; et les deux bas-côtés, peuplés de magasins, de chantiers et d’usines, filèrent comme deux larges rubans que l’on déroule.
Un jeune homme de vingt-huit ans, à longs cheveux et qui tenait un ordinateur sous son bras, restait dans le wagon restaurant, immobile. À travers le brouillard, il contemplait des tours et des immeubles, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d’œil, Bercy, le périphérique, la Marne ; et bientôt, Paris disparaissant, il poussa un grand soupir.
M. Frédéric Moreau, nouvellement nommé ATER, s’en allait à Dijon, où il devait enseigner pendant six mois, avant d’aller soutenir sa thèse.